CONF PACA – Rapport moral 2026

ASSEMBLÉE GÉNÉRALE

02 et 03 mars 2026

“On vous soutient !”

Combien de fois aurons-nous entendu cette phrase ? Sur les ronds-points et les barrages filtrants, sur les marchés par des candidats en campagne, des milliers de fois dans les commentaires de publications souvent douteuses et artificielles. Dans les sondages et sur les chaînes de télévision…

On soutient. 90 % des Français soutiennent les agriculteurs. Et encore au Salon international de l’agriculture, avec le slogan « Venir, c’est soutenir ». Des sénateurs, des députés… Ne pas soutenir, c’est être banni.

Mais vous soutenez quoi ?

Oui, on soutient quoi ? Des fermes immenses pour rémunérer les investisseurs, exporter et juste payer des chauffeurs ?
Des systèmes capables d’anéantir des millénaires en l’espace d’un demi-siècle ?
Vous soutenez des cochons à la chaîne et des légumes OGM, des drones perspicaces et des molécules « efficaces » ?
Tant qu’il y aura des vignes, peu importe le vigneron ; tant qu’il y aura des terres, peu importe le tâcheron ?

Ou bien soutient-on des hommes et des femmes qui ont choisi ce métier pour en vivre, pour travailler avec le vivant et pour les vivants ?

On ne se paie pas de mots ! Surtout quand les mots perdent leur sens au moins aussi vite que notre travail.

On demandait du revenu, on nous répond : éradiquons les normes.
On demandait du respect, on nous répond : impératifs scientifiques.
On demandait de la protection, on nous répond : Mercosur.

On est passé de « nourrir le monde » à « garantir la souveraineté alimentaire » : mots-valises et mots trompeurs, qui n’ont d’humanité que la couleur.
Des mots qui voudraient nous faire croire qu’il y a encore à espérer derrière le paravent des discours détournés.

Mais les derniers oripeaux de l’épouvantail se sont envolés lors du discours de Madame la Ministre, le 23 février.
C’est la guerre ! La guerre économique et agricole, la compétition sans merci où tous les coups sont permis, « quoi qu’il en coûte ». Et il faut se rendre à l’évidence : « la ferme familiale française n’est pas à la hauteur de la taille critique » prévue dans le modèle économique.

Amusons-nous à relier les points du projet issu de la cogestion gouvernementale :
Dans la LOA, au chapitre du renouvellement des générations, les salariés seront décomptés au même titre que les agriculteurs dans la population agricole. En PACA, seul un tiers des nouveaux installés reçoivent une aide à l’installation, matinée d’un bonus « investissement ». Le nouveau SDREA donne priorité à des fermes jusqu’à 300 hectares. La loi Duplomb prévoit de faire sortir des ICPE les bâtiments pouvant enfermer jusqu’à 85 000 poules ou 3 000 porcs.
De la présomption d’intérêt public (pour les bassines) à la présomption de légitime défense…

Le dessin (dessein?) est clair : un horizon de 50 000 entrepreneurs agricoles.

Voilà le monde dans lequel on vit. Enfin, non : le monde qu’on nous promet sous des dehors de paradis.

Mais ce n’est pas le monde dans lequel nous vivons. Ni celui dans lequel nous voulons vivre.
Nous vivons de fromages et de légumes passés dans nos mains, de clients plus ou moins lointains, de blés et de pains, de voisins chez qui acheter du foin, mélanger nos troupeaux ou construire des projets en commun.
Nous vivons dans un monde d’argent réel et de projets concrets.

Pour autant, comme dit plus haut, on ne se paie pas de mots. Et aussi plein de sens qu’il soit, notre travail ne réussit pas toujours à nous faire vivre.
Chacun dans sa niche, chacun sur sa ferme, nous baignons tous dans le grand bain économique libéral.